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Nouvelle session de cours d'épigraphie égyptienne en novembre 2013
Origine égyptienne des Hébreux (prétendue)

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De Michel Levy
2001-04-19
 
A propos du livre de Messod et Roger Sabbah "les secrets de l'exode", l'origine égyptienne des hébreux, il me semble intéressant de connaître l'avis des égyptologues sur cette thèse qui veut que Moïse et les juifs ne soient rien d'autre que des égyptiens d'Akhet-Aton chassés après la mort du pharaon "monothéïste" Akhénaton. Merci de toute éventuelle contribution.

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De Renaud de Spens
2001-04-20
 
Pourquoi ces auteurs proposent-ils un lien entre les partisans d'Akhénaton et les Hébreux?

Il semble que cela part d'une confusion sur l'origine du monothéïsme. La religion atonienne et la religion des Hébreux est pourtant très différente. Autant la religion atonienne, pour intolérante qu'elle soit, n'est pas complètement monothéïste au sens des religions du Livre, autant la religion des Hébreux (ou plutôt des "protos-Hébreux") avant l'unification de David (au tournant du premier millénaire), bien que mal connue, se rapproche plus des religions traditionnelles du Proche-Orient. Les fouilles archéologique ont notamment mis à jour des témoignages de l'existence d'une parèdre féminine de Yahvé.

De plus, même si l'on admettait, mais cela ne serait qu'une simple hypothèse absolument dénuée de fondements matériels, que des partisans d'Akhénaton se serait exilés au Proche-Orient, ils se seraient fondus dans la masse des peuples de la région. La langue des Hébreux, leur culture, sont assez différentes des Egyptiens pour écarter la thèse des auteurs de ce livre.

Au Moyen-Age, les Francs, quant à eux, prétendaient descendre des Troyens, voire des Hébreux eux-mêmes.

Cordialement.

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De Olivier Bouffard
2001-04-20
 
Bonjour, vous dites que la langue des Hébreux est assez différente de celle des Egyptiens... Or, j'ai lu le livre et les auteurs travaillent quand même sur un parallèle presque permanent entre l'hébreu et l'égyptien et même les hiéroglyphes, à l'aide de planches et de dessins qui donnent à leur développement une assise assez sérieuse. Qu'en penser ?

cordialement.

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De Renaud de Spens
2001-04-21
 
L'hébreux et l'ancien égyptien appartiennent à la même famille de langue, comme d'autres langues de la région. On peut aussi faire des parallèles entre l'ancien égyptien et l'arabe, l'araméen ou l'ougaritique. Ils restent néanmoins deux langues distinctes. L'argument des auteurs est donc discutable : c'est un peu comme si l'on disait que les Espagnols étaient les descendants des survivants de l'armée de Spartacus qui se seraient réfugiés dans la péninsule ibérique, et que l'on invoquait, pour établir le fait, la parenté entre l'espagnol et l'italien. Et soyons bien clairs: la différence entre l'hébreux et l'ancien égyptien est bien plus ample que celle entre l'espagnol et l'italien, notamment sur le plan lexical. Elle se rapprocherait plutôt de la différence entre l'espagnol et l'anglais.

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De Frédéric Payraudeau
2001-04-21
 
Le gros problème avec le livre "Les secrets de l'Exode" est que les auteurs donnent souvent l'impression de s'appuyer sur des raisonnements scientifiques et des comparaisons valables, or ils ne connaissent manifestement pas la langue égyptienne ancienne, ni le fonctionnement et l'origine de l'écriture hiéroglyphique. Les parallèles qu'ils établissent entre langues et écritures hébraïques et egyptiennes sont d'abord très peu nombreux au regards des dizaines de milliers de mot de chacunes de ces langues, et sont pour la plupart complètement fallacieux, basés sur des faux syllogismes :on pourrait prouver de la même façon que les mayas sont des descendants des égyptiens parce qu'ils construisaient aussi des pyramides. Les équations entre les noms des rois égyptiens de la 19 ème dynastie et les noms bibliques Moïse et Josué sont tout aussi invraisemblables et contraires à toutes les règles de la phonétique historique.

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De Avraham Malthete
2001-04-22
 
Voici ma réponse envoyée sur le site
http://www.dnafoundation.com/members/akh/8artic/exosec.htm

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La source de l'information
Second détail est remarquable quoiqu'encore un peu subtil: les frères Sabbah ont fondé leur étude sur des textes Bibliques écrits vers 1000avJC par le renommé Rachi qui vivait à Troyes.
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Je lis donc bien que Rashi a écrit des textes bibliques vers 1000 ans avant JC !!!
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Lequel Rashi est l'auteur du plus célèbre commentaire sur la Bible et DU commentaire sur le Talmud de Babylone, sans lequel il serait resté longtemps un livre fermé. Quant à l'article du Figaro, il suffit de bien payer pour avoir un article afin de faire vendre le livre incriminé. Article écrit, bien entendu, par un non spécialiste.

Spécialiste du texte biblique - à un niveau universitaire et scientifique - j'ai acheté ce livre et je l'ai lu. Première impression: les connaissances des frères Sabbah en matière de langues sémitiques, en général, et d'hébreu et d'araméen, en particulier, sont bien maigres.

Parler de Bible araméenne - quand il s'agit du Targoum Onqélos - plus ancienne que le texte hébreu est une contre-vérité scientifique, sinon un mensonge (et qui n'est pas pieux, celui-là). On estime que sa rédaction est antérieure à la seconde révolte (132-135). On pense qu'il a atteint sa forme consonantique définitive avant la première moitié du IIIème siècle (cf.
Madeleine TARADACH , Le Midrash, Labor et Fides, Genève, 1991, p. 67). Par ailleurs, il existe d'autres traductions/interprétations araméennes du texte biblique: Targoum du Pseudo-Jonathan (Yerouchalmi I), Targoum
Neophyti, Targoum Yerouchalmi II

Quant à la lecture des 2 yods dans ledit Targoum (et ailleurs), ils inventent carrément, palliant ainsi leur ignorance en matière d'hébreu et de connaissances liturgiques. En effet, ces 2 yods, le premier vocalisé avec un Shewa, et le deuxième avec un Qamats, ne sont qu'une représentation symbolique (en même temps qu'un aide-mémoire) du Nom - YHWH - et de sa lecture traditionnelle - Adonaï (= Seigneur); c'est un Qeri permanent de l'Ecriture (Ketiv: ce qui est écrit; Qeri: ce qui doit être lu).

Le premier yod - Y - est l'initiale du Tétragramme YHWH. Le Shewa qui est dessous vient du Hataf-Patah qui est sous le Aleph, initiale de Adonaï; le Aleph étant une gutturale, les Massorètes l'ont affecté d'un Hataf mais, revenant sous le yod de YHWH, il redevient Shewa, le yod n'étant pas une gutturale. Le deuxième yod est la dernière lettre du mot Adonaï, affecté du Qamats qui la précède (sous le noun). Tout cela pour lire (YHWH)-Adonaï, et non pas Aï comme ont voulu faussement démontrer les frères SABBAH.

Quant au lien - plus qu'hypothétique - entre les hiéroglyphes et l'alphabet hébreu (remarquons en passant que l'alphabet qu'ils nomment hébreu est, en fait, araméen), actuel, c'est de l'invention pure et simple, surtout lorsqu'on sait que l'écriture
paléo-hébraïque fait partie de la famille des alphabets dérivés de l'alphabet phénicien.

«La Langue hébraïque Restituée», de Fabre d'Olivet, est un joli conte oriental, rien de plus.

Salutations distinguées.

 

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18/08/2004
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